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Fierté
Lesbienne :
Lesbienne ou
homosexuelle ?
Où est la différence ?
Le terme homosexuelle met l’accent sur l’orientation
sexuelle, point certes important mais insuffisant pour qualifier ces
milliers de femmes homosexuelles qui se sont engagées contre toutes les
discriminations, pour l’égalité et un monde juste, dans le même mouvement
que le féminisme. Pour se nommer, elles se sont réapproprié le mot
lesbienne, trop souvent utilisé pour les dévaloriser ou comme insulte.
Des milliers de
lesbiennes
L’isolement conduit au doute et à la vulnérabilité.
L’action rassemble. Point de repère d’un grand réseau lesbien où se
côtoient les activités festives, culturelles, sportives, politiques, les
associations lesbiennes. se sont dotées d’une instance de coordination :
la CLF (Coordination lesbienne en France). De grands évènements de
visibilité et de retrouvaille ponctuent le calendrier : un festival de
films lesbien en novembre « Quand les lesbiennes se font du cinéma », une
série de conférences chaque printemps: avec Bagdam Ecole à Toulouse, la
mégafête annuelle des lesbiennes le soir de la marche LGBT à Paris des
journaux, des maisons d’édition et tant d’autres initiatives.
La lesbophobie, un
concept nouveau pour un mode de discrimination qui l’est moins !
« Quand les lesbiennes sont discriminées, elles le
sont à la fois comme femmes dans un monde régi par les hommes, et comme
homosexuelles dans une société hétérocentrée. Le terme de lesbophobie
décrit donc la conjugaison de cette double discrimination.
La lesbophobie se manifeste par la peur et la haine
envers les lesbiennes parce qu’elles transgressent les rôles
féminin/masculin, et sont indépendantes des hommes sexuellement, et en
partie économiquement. »
Extraits des travaux
de la commission lesbophobie de la coordination lesbienne en France.
Identifier, nommer la
lesbophobie est important car « ce qui ne se nomme pas n’existe pas ».
L’association CQFD
Fierté Lesbienne / Paris place l’action contre la lesbophobie au cœur de
ses activités
Elle soutient financièrement des actions en justice
intentées par des femmes victimes de violences lesbophobes grâce aux
excédents de la mégafête lesbienne. Participer à cette fête constitue un
soutien à ces actions.
A
ce jour cinq procès ont pu être financés par CQFD à raison de 1000 Euros
par procès sous forme de prise en charge des frais d’avocate.
Quelles stratégies adopter en cas d’atteinte
lesbophobe dans notre vie privée ou publique ?
Lors
d'une précédente Fierté lesbienne, un débat sur le thème de la
lesbophobie avait fait salle comble autour d’intervenantes de qualité.
Nous en livrons ici quelques extraits et passages résumés ; l’intégralité
des communications sera disponible à la salle Wagram le samedi 23 juin
2001.
Utiliser les actions médiatiques
La réponse de Florence Montreynaud, fondatrice des Chiennes de garde de
ce mouvement, à cette question est claire, Pour elle, « ça suffit ». Indignée
par un sexisme encore florissant après 30 ans de luttes féministes, elle
a opté pour l’expression de la colère en créant, après le 8 mars 99, «
Les Chiennes de garde ». Leur défense de la journaliste Laure Adler, injuriée,
leur a valu la une des medias. Puis elles soutiennent Nicole Abar, entraîneuse
de foot féminin, objet d’insultes sexistes et lesbophobes par le maire
du Plessis Robinson lors d’un conseil municipal et en son absence. L’appel
aux dons leur a permis d’allèger les frais d’un procès coûteux. « Une
femme insultée qui dit « non », c’est pour toutes les femmes ». « Il y
a des mots qui tuent » et qui ne peuvent être réparés que par des mots
d’excuses, afin que les machos comprennent que les femmes sont à respecter
comme tous les être humains.
Combattre
sur le terrain juridique
Caroline Fourest, rédactrice en chef de Prochoix, raconte la génèse
de cette initiative. Elle explique qu’au moment du PaCs, dans la masses
de documents ignobles que reçoit Prochoix, l’un d’entre eux, qui
fit la une du journal catholique Présent sous entend que les hommes
homosexuels veulent adopter des petits garçons pour les violer (“Viens
mon petit, tu vois bien que l’on te reçoit à….draps ouverts.). Prochoix
réalise alors qu’il « n'existe aucune disposition dans la loi actuelle
permettant de poursuivre un journal ou un article pour incitation à la
haine homophobe (c’est-à-dire gayphobe, lesbophobe et transphobe).
En 1999, est créé le Fonds de lutte contre l’homophobie. Grâce
à une équipe d’avocats et à l’argent récolté suite à des appels à dons,
le Fonds s’est engagé à faire tout ce qui est son pouvoir pour porter
plainte contre ceux qui, individu, groupe ou journal, incitent à la haine
homophobe. Le but ? Faire évoluer la législation en initiant des procès
qui, au mieux, feront évoluer la jurisprudence, au pire, apporteront la
preuve qu’il existe un vide juridique permettant à ces appels à la haine
de se multiplier en toute impunité.
Sur les conseils du Fonds de Lutte, le Centre gai et lesbien (CGL) à porté
plainte pour diffamation contre Présent. Furieux, le journal publie
en réponse un article consacré à la plainte du CGL sous le titre : “Pour
imposer le Pacs » avec, en illustration, deux hommes faisant semblant
de s’interroger sur le mal qu’il y a à confondre “homosexuel et pédophile”.
“Ben quoi, c’est comme si on confondait ‘anormal’ et ‘pervers ?” Le CGL
porte plainte à nouveau.
Invitée à s’exprimer à la barre, Caroline dénonce la stratégie malveillante
de Présent consistant à faire croire que le CGL lui intentait un
procès pour l’empêcher de lutter contre la pédophilie, le faisant ainsi
passer pour un défenseur du viol des enfants ! Elle rappelle « que la
première cause de pédophilie, l’inceste, se pratique dans des familles
parfaitement hétérosexuelles, et que le fait d’assimiler les gays et les
lesbiennes à des violeurs d’enfants au motif qu’ils aimaient quelqu’un
du même sexe était non seulement absurde mais particulièrement insupportable.
»
En résumé, Présent estimait n’avoir fait qu’un article d'idées
générales défendant une conception traditionaliste et catholique de la
famille. Me Tricoire, avocate du Fonds de lutte contre l'homophobie et
du CGL, a plaidé, elle, qu'il était « temps d'arrêter de désigner un
groupe de gens à la haine.»
Lors du premier procès, le CGL a été débouté. Parmi les motifs invoqués,
le Tribunal a estimé que "l’article 2-6 du Code de Procédure pénale permettait
aux associations se proposant de combattre les discriminations fondées
sur le sexe ou les mœurs d’exercer les droits reconnus à la partie civile
seulement en ce qui concerne certaines infractions limitativement énumérées
par ce texte, dont la diffamation ne fait pas partie.» En d'autres termes,
la Cour a reconnu que, s'il existait des lois pour porter plainte contre
la discrimination en raison des mœurs, il n'existait rien de tel pour
permettre à des associations de porter partie civile contre la diffamation,
l'injure ou l'incitation à la haine.
Nous
avons au moins fait la démonstration de ce vide absolu.
Pour combler ce vide juridique avec SOS homophobie, Aides, Act-Up Paris,
la Ligue des droits l’Homme, Sida info service et le CGL de Paris, nous
avons rédigé une proposition de loi qui permettrait d’inclure ce qui manque
dans le code de procédure pénale. Concrètement, il existe trois lignes
dans le code de procédure pénale qui permettent à des associations de
représentants des immigrés ou des juifs de se porter partie civile en
cas d’incitation à la haine en raison de la race « vraie ou supposée »
(c’est important) ou de la religion, et nous proposons d’y ajouter : "en
raison de l’orientation sexuelle, du sexe et de l’identité sexuelle, vraies
ou supposées" afin que cela puisse jouer pour les femmes, pour les homosexuels
(hommes et femmes) et pour les transsexuel/le/s. Cette proposition a aujourd'hui
été reprise par l'ensemble des partis de gauche, à quelques mots près.
Nous attendons que l'un d'eux veuille bien le mettre à l'ordre du jour
de l'Assemblée nationale. »
Veiller
à faire intégrer les discriminations spécifiques faites aux lesbiennes
dans toute demande d’adaptation des textes législatifs.
Pour Raymonde Gérard représentante de la Coordination lesbienne nationale,
il est important que chaque lesbienne prenne conscience que la lesbophobie
peut lui « tomber dessus » un jour ou l’autre sans crier gare, et que
nous la lutte à mener qui passe par la prévention et par la répression
. Elle souligne la spécificité de la lesbophobie :
“
- la première forme, paradoxale, de la lesbophobie est l’occultation
qui consiste à passer sous silence le lesbianisme dans la littérature,
l’histoire, l’édition, d’où les héroïnes lesbiennes sont quasiment absentes,
la vie de Sappho elle-même ayant été « revue et corrigée » pour la rendre
moins subversive. Aujourd’hui encore, la nature amoureuse de la relation
entre deux femmes est souvent masquée dans la présentation de films
ou d’ouvrages au contenu pourtant explicitement lesbien, à l’inverse
des relations entre gays. Cet effacement, qui relève du sexisme, rend
difficile la quête identitaire des jeunes lesbiennes qui ne savent où
trouver des héroïnes en qui se reconnaître.
- la deuxième forme de lesbophobie est la « récupération » de la sexualité
lesbienne par la pornographie : c’est à ce rayon, par exemple, que certains
kiosques placent Lesbia magazine, notre magazine culturel lesbien-féministe.
La réduction de l’amour lesbien à la caricature de perverses lubriques
vise à le stigmatiser pour mieux le déconsidérer.
- cela autorise la forme la plus agressive de la lesbophobie : les injures,
le harcèlement, les agressions pouvant aller jusqu’au viol : il s’agit
alors de punir les lesbiennes d’être des femmes sexuellement indépendantes
des hommes, d’échapper à la soumission traditionnelle des femmes. Ainsi
la lesbophobie conjugue-t-elle le sexisme et la haine de la transgression
des genres masculin/féminin.
Cette spécificité nous oblige à demander une réelle prise en compte,
dans les mesures préventives, des lesbiennes et des préjugés qui les
oppriment, et à formuler des amendements pour que la loi sanctionne
explicitement les violences et viols punitifs à leur encontre . Elle
nous amène enfin à réclamer la parité pour la composition de l’Autorité
administrative chargée de vérifier l’application des dispositions préventives
et répressives concernant la lesbophobie, le sexisme et l’homophobie.
»
Demander
aux Etats de respecter leurs engagements internationaux (Déclaration Universelle
des Droits de l’Homme et ses Protocoles additionnels, Convention de Beijing
+5, Convention contre la torture et les mauvais traitements…)
Pour la représentante de la Commission Homosexualité et Droits humains
d’Amnesty International « les discriminations sont à la fois une manifestation
du rapport de force inégal qui existe et un instrument permettant de perpétuer
la domination ».
La situation des lesbiennes dans un pays donné est très fortement dépendante
de la condition des femmes en général dans ce pays.
Une discrimination se traduit en pratique par des comportements très divers
qui vont de traitements inégaux à des actes violents :
-
Si les discriminations sont le fait d’une loi particulière, l’Etat doit
changer sa législation pour se mettre en conformité les traités Internationaux
qu’il a signés.
- Si les discriminations sont commises par des agents de l’Etat (fonctionnaire,
policier,…) en violation des lois nationales ou internationales, l’Etat
est tenu pour directement responsable des actes commis par son agent.
Celui-ci doit être sanctionné administrativement ou juridiquement et
la personne discriminée doit être indemnisée.
- Si les discriminations sont commises par des particuliers (voisins,
collègues de travail,…), c’est bien sûr la personne qui a commis l’acte
qui est responsable. Cependant, dans la mesure où l’agresseur bénéficie
d’une immunité de fait pour l’acte qu’il a commis (parce que la victime
n’a pas osé porter plainte, parce que la police a classé l’affaire sans
suite ou parce que la justice a acquitté l’agresseur ou l’a condamné
à une peine dérisoire par rapport à la gravité de l’acte commis), l’Etat
est tenu pour responsable de ce déni de justice. La personne discriminée
doit être indemnisée.
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